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Michel Boeri « Une succession se prépare plus facilement de l’intérieur »

Michel Boeri fête cette année ses 50 ans de présidence à la tête de l’Automobile Club de Monaco. Moments clés, combats épiques, négociations en cours… Il se confie sur sa vision de l’avenir du Grand prix et sa succession. Selon lui, « l’homme providentiel qui arrive de l’extérieur, sans aucune expérience des multiples activités, c’est un risque immense pour la continuité du Club à haut niveau. »


Comment est venue votre passion pour la course automobile ? Dès l’enfance?


J’ai commencé avec une voiture à pédale et puis, en vieillissant j’ai continué avec des voitures qui marchaient alors, à essence (sourire)… Plus sérieusement, je n’avais pas de vocation particulière à gérer des courses automobiles ou un Automobile Club. Mais, j’avais, déjà, quelques années avant, présidé l’Ecurie Monaco. A l’époque, l’Automobile Club n’était pas en grande forme… Sur le conseil de Personnalités de qualité, le Prince Rainier m’a alors pressenti pour devenir Président de l’Automobile Club.


Comment avez-vous été approché par le Prince Rainier pour prendre la tête de l’ACM?

A Monaco, quand le Prince envisage quelque chose, on vous fait savoir qu’Il vous fixe une Audience. J’ai pu discuter très librement, en présence de Messieurs Ballerio, Notari, Biamonti et Marsan. Je n’étais pas du tout chaud pour postuler à la présidence de l’A.C.M. Jeune avocat, j’avais la préoccupation de développer mon Etude. A la fin de l’Audience, j’ai décliné Sa proposition en Le remerciant pour l’honneur qu’Il me faisait. Je me suis alors retiré vers la porte pour sortir. A ce moment, le Prince m’interpelle, je me retourne : Il me demande si je sais conduire. Je lui réponds « bien entendu, Monseigneur ». Il me dit alors :  » eh bien, ça suffira largement ». Voilà comment tout a commencé. J’ai ensuite entamé le parcours nécessaire pour me faire élire par le Conseil d’Administration. Ce qui n’a pas été une simple formalité.


1972, c’est le premier Grand Prix de la nouvelle équipe de l’ACM… Comment l’avez-vous vécu ?

Ce Grand Prix s’est couru sous une pluie diluvienne… Jean-Pierre Beltoise l’a emporté. Cela restera le seul succès en championnat de Formule 1 pour ce pilote français. Quant à moi, ce fut ma première grande ″trouille″.


C’est à partir de là que commence une nouvelle ère pour le GP de Monaco?

Effectivement, cette ère nouvelle n’a pu être

engagée que grâce à toute l’équipe : sans
elle on ne peut rien faire! De nombreux éléments ont joué aussi en notre faveur. Objectivement, mes prédécesseurs n’avaient pas eu les budgets nécessaires que j’ai obtenus auprès du Gouvernement Prin-cier. Avant notre arrivée, tout était très centralisé sous l’autorité du Président Fissore, alors Conseiller de Gouvernement pour l’Intérieur, et de Messieurs Claude Fin et Jacques Taffe, Commissaires Généraux. Nous avons alors, avec l’inconscience des gens qui arrivent, procédé à un grand big-bang . Petit à petit, sans rien brusquer, on a choisi de changer d’optique, de management et d’ambition. Exemple, dès 1974, notre premier objectif fut de modifier le tracé du circuit. Cette route permit de porter la largeur du quai de 14 à 28 mètres.
Cette zone abrite aujourd’hui les garages des Ecuries et, de plus, la route de la piscine, hors grand prix, sert à créer un nouvel axe pour la circulation urbaine.


Comment a évolué le Club?


En 1971/1972, le siège de l’ACM occupait 300 m2, réunissait 1 000 membres et employait 8 salariés, pour organiser 2 épreuves, à savoir le Grand Prix et le Rallye Monte-Carlo. Nos locaux, aujourd’hui, occupent environ 2 500 m2. L’A.C.M. emploie 65 permanents et compte 5 452 membres. A cela s’ajoutent les 34 800 m2 d’entrepôts situés en France et en Italie, que nous avons pu louer pour stocker le matériel servant à la construction du circuit. De plus, pour donner plus d’intérêt pour nos membres, nous avons créé un restaurant, une boutique avec ses marques déposées et, dans un autre domaine, une agence de Publicité. Enfin, nous nous sommes attelés à créer un Corps de 650 Commissaires de Piste et de Route, aujourd’hui reconnus comme étant les meilleurs du Championnat du Monde de F1. Au-delà des épreuves traditionnelles, (Grand Prix et Rallye Monte-Carlo) nous accueillons désormais le E-Prix, ce qui porte à 3, les épreuves inscrites au Championnat du monde de la FIA. Il y a eu également la création d’un Rallye Historique, d’un Grand Prix Historique, d’un Rallye des Energies Nouvelles et, périodi-quement, d’un Concours d’Elégance.

Combien coûte l’organisation d’un Grand Prix de Monaco?


Pour mettre le tout en état de fonctionner, cela coûte 35 millions d’euros. Cette somme comprend la construction du circuit lui-même, les matériaux, les tribunes, etc. plus le prix du plateau.


Justement, combien coûte le plateau du Grand Prix de Monaco per-mettant d’accueillir la F1? Est-il moins cher que celui des autres GP?

Nous sommes en pleine négociation pour renouveler le contrat qui devrait nous lier avec la FORMULA ONE à partir du Grand Prix 2023. La seule chose que je peux vous dire, c’est que le montant du prix du plateau varie de 1 à 3 selon les GP. Contrairement à ce qui a pu se dire, nous avons toujours payé un plateau, mais nous avons toujours, pour être honnête, après des négociations difficiles, été les plus favorisés. Je vais essayer de faire en sorte que cela soit reconduit, sachant que le contrat qui prendra effet à partir de 2023 fait l’objet de discussions rudes, âpres et plus complexes que par le passé, sans compter bien sûr sur la multiplication de circuits modernes et sans limite budgétaire qui viennent nous concurrencer.


Où en sont les négociations?


Cette année, nous sommes encore sous l’empire de l’ancien contrat. On essayera de repartir en 2023 pour une période qui pourrait se si-tuer entre 3 ans et 5 ans, ceci de manière à garder un peu de lisibilité sur l’avenir de la F1. En effet, je ne suis pas du tout sûr que Liberty, la société qui possède aujourd’hui l’ensemble des GP, ne s’en sépare pas à un moment donné. Pour le contrat à venir, quelques points sont ratifiés verbalement, à l’exception du noyau dur, c’est-à-dire le montant du plateau, et d’autres clauses touchant à divers droits qui avaient été consentis, de fait, jusqu’en 2022.

Les autres épreuves sont-elles chères à organiser?


Ce qui est onéreux, c’est essentiellement le montage du GP (Loges, rails, Tribunes, Direction de Course, etc.). Une fois, le circuit ″monté″, c’est comme sur un hippodrome, on change les chevaux, rien d’autre… La F1, comme le Rallye Monte Carlo, reçoivent une subvention d’équilibre allouée par l’Etat. En ce qui concerne le Grand Prix Historique, le Rallye Historique et le E-Prix, les recettes et les dépenses s’équilibrent plus ou moins selon les années.


L’avenir de la course automobile est-ce l’électrique ?


Lors du E-Prix de Monaco de 2021, les voitures ont couru sur le même circuit que la F1. Elles ont fait de gros progrès avec une capacité de batterie plus grande et une vitesse plus élevée. On a eu un Final sur les derniers tours, aussi bon que certaines courses de F1, avec des pilotes qui ont fini dans un mouchoir de poche! Cette année, les capacités électriques sont encore améliorées. Parallèlement, les F1, aussi, deviennent hybrides. On peut supposer que c’est l’avenir. Des techniciens estiment que le futur sera l’hydrogène, ou encore une autre source d’énergie.


Quelle est aujourd’hui la clé de répartition de votre budget (recettes de la billetterie, de la publicité et de contrats particuliers de spon-soring)? Le GP de Monaco représente une manne considérable pour l’Etat monégasque en TVA?


Les retombées économiques pour la ville, représentent selon l’IMSEE, environ cent millions d’euros pour la seule F1. A cela, s’ajoute le chiffre d’affaire concernant les autres épreuves, ce qui laisse penser raisonnablement que l’ensemble du flux financier doit avoisiner les 120 millions d’euros et sans doute plus, qui profitent à toutes les activités commerciales (générant ainsi une TVA qui devrait être sensiblement égale au montant de la Subvention que nous alloue le Gouvernement Princier). Un exemple de recettes, parmi bien d’autres, qui n’a pas forcément été comptabilisé, réside dans le fait que nous délivrons, sur demandes, 11 000 passes gratuits pour accéder aux immeubles riverains du circuit ou aux bateaux pendant toute la période du grand prix. Admettons que 10 000 d’entre eux soient des passes de complaisance pour des « amis », qui payent entre 1 500 et 2 000 euros la place sur les balcons, ou à bord des bateaux : je vous laisse le soin d’en calculer le montant ! La Subvention versée à l’ACM par le Gouvernement Princier est de ce fait allégée.


Depuis 1929, vous montez et démontez le circuit. Tout se fait en coordination étroite avec les autorités?


Nous avons une autorité de tutelle comme toutes les associations. A l’heure actuelle, il s’agit du conseiller-Ministre de l’Intérieur, Patrice Cellario qui connaît parfaitement l’avant et l’arrière scène, les coulisses du GP. Mais chacun gère son domaine. L’ACM est certes subventionné par le Gouvernement Princier, mais garde son entière autonomie. Pour autant, rien ne serait possible sans les Services de l’Etat, qui au-delà de la subvention, nous octroient notamment tous les moyens nécessaires, et qui, je dois le dire, œuvrent de façon remarquable et professionnelle. L’ACM aligne de son côté environ 650 commissaires sur le terrain, 100 personnes dans les diverses Commissions ou en Direction Course, environ 600 placeurs et contrôleurs pour les tribunes, 200 personnels de sécurité privée engagés par l’A.C.M, auxquels s’ajoutent, avec leur dévouement remarquable, les bénévoles de la Croix Rouge Monégasque. On peut donc estimer que, tous effectifs confondus, c’est-à-dire ceux de l’Etat et ceux de l’ACM, ce sont environ 2 000 personnes qui concourent au déroulement du Grand-Prix F1. Le Grand Prix F1entraîne un autre avantage pour la ville : la réfection, par tranches, de l’enrobée des chaussées pour réparer les dommages provoqués par le charroi des camions desservant les chantiers, rendant plus agréable la circulation des automobilistes . Une mention spéciale pour les monteurs de toutes les structures nécessaires, les conducteurs et techniciens qui travaillent à la réfection de la piste, les services de nettoyage, le personnel médical… etc. On peut affirmer, sans crainte, que la coordination de tous les moyens en hommes et en matériels a atteint un haut niveau d’efficacité certainement unique au monde.

Mais…
Je vois où voulez en venir.
Effectivement, le seul problème qui peut se poser, c’est que le Gouvernement Princier ampute le circuit du GP et ses dépendances, en accordant des opérations immobilières pouvant le gêner, ce qui nous mettrait en grande difficulté. C’est pourquoi j’ai demandé au Gouver-nement de définir, lui-même, pour un projet immobilier qui modifie et restreint les surfaces de l’Esplanade des Pêcheurs, de prendre contact directement avec la FORMULA ONE, pour qu’ils définissent ensemble, les espaces qui leur sont nécessaires. Dans cette zone, l’ACM a be-soin, en ce qui le concerne, de 1 000 m2 pour la mise en œuvre de ses moyens télé qui, outre la F1, couvrent d’autres manifestations comme le Grand Prix Historique ou le E-Prix. A cela, s’ajoutent toujours sur le terre-plein de l’Esplanade des Pêcheurs, 500 à 1 000 m2 pour le stockage des matériels de remplacement en cas de choc sur le circuit. Enfin, nous transmettons une demande de la Fédération Internationale de l’Automobile, de disposer de 1 000 m2 afin de stocker les pneumatiques de F1. Désormais, les choses sont claires. L’A.C.M. a en charge la partie sportive et celle du montage des épreuves. Le Gouvernement Princier, en fonction de la délivrance du permis de construire qu’il accordera sur l’Esplanade des Pêcheurs, proposera à la FORMULA ONE la surface restante qui devrait satisfaire à un cahier des charges très strict et que le Gouvernement connaît parfaitement.

En clair, vous ne voulez plus entendre parler du projet de l’Esplanade des pêcheurs, qui mettrait en péril la tenue du GP?


Les cartes sont dans les mains du Gouvernement Princier. Il connaît parfaitement les besoins et les enjeux. A lui d’assumer ce qui résultera de ce choix.


Le circuit du GP de Monaco va-t-il être modifié avec l’extension en mer? Imaginez-vous d’autres changements pour susciter l’intérêt du public?


Non. Un circuit ne fonctionne pas comme on pourrait l’imaginer. Il y a des règles précises d’homologation de piste très strictes et contraignantes. Rajouter 300 m de plus n’apporterait rien et nous obligerait à une couverture supplémentaire en bénévoles, commissaires et médecins. D’ores et déjà, à l’heure actuelle, nous faisons venir, en renfort des médecins de ville et de l’hôpital, 32 médecins-réanimateurs. Il est extrêmement difficile de trouver ces volontaires. Cette couverture mé-dicale est tout à fait exceptionnelle au regard de ce qui se fait ailleurs.


Quand vous parlez d’accident, vous pensez au crash de Bandini… Suite à cet accident, l’ACM a créé son propre armée.


C’est, dans mon souvenir, comme si c’était hier… Mais à quelque chose malheur est bon. Nous avons effectivement eu l’idée de créer un Corps de Commissaires, qui a reçu cette année le trophée de la FIA des meilleurs commissaires de circuit du Championnat du Monde de F1. Ces 650 com-missaires sont formés, pour savoir comment intervenir efficacement sur la piste, ainsi qu’aux nouvelles techniques d’intervention pour les F1 désormais hybrides, avec les risques d’électrocution. Ils agissent, bien sûr, en renfort des Pompiers. On peut dire que nos bénévoles sont « enrégimentés ». C’est le seul moyen que nous avons trouvé à ce jour pour qu’ils soient efficaces. Même les Filles-Commissaires acceptent cette discipline. Elles sont peut-être plus motivées que les garçons.

Ces commissaires ont 3 GP cette année. Il faut trouver des gens disponibles… Surtout que le modèle du GP de Monaco reste basé sur le bénévolat, l’engagement?


Un commissaire qui officierait dans les 6 épreuves que nous organi-sons, doit consacrer à l’ACM, environ un mois de ses activités. Seules, les générations qui ont 30/40 ans acceptent encore qu’il y ait des contraintes lourdes, à condition que leur employeur veuille bien les libérer pendant ces périodes : ce qui n’est pas évident. Nous avons, depuis ces dernières années, beaucoup de recrues dans la tranche des 20/25 ans, mais leur engagement est plus volatil. Pour cette géné-ration, un commissaire de piste c’est un peu « nunuche ». Ils trouvent plus enthousiasmant de piloter avec un joystick devant une tablette… Heureusement, l’ouverture du Corps des Commissaires aux filles nous permet de maintenir un effectif constant. Elles sont aujourd’hui 62.


Vos cinquante ans de présidence ont été marqués par des bras de fer avec la FOM et la FIA. Vous avez dû la jouer fine pour négocier les contrats avec des personnalités comme Bernie Ecclestone?

Avec Ecclestone, ça a été à l’anglaise… Mais c’était un interlocuteur correct. Une fois que l’on s’était mis d’accord, il n’y avait pas besoin d’avocat. On signait un contrat pour la forme. Il respectait sa parole et moi la mienne. Pour autant, Il y a eu parfois, au tout début de nos relations, des discussions orageuses. Je me souviens d’un Grand Prix où Ecclestone, nous a annoncé: « Pas de F1 en piste, sauf un plateau financier bien augmenté. Pas de rallonge, pas de GP, on fait la grève ! ». Il avait simplement oublié que les garages des F1 étaient alors situés dans les garages du Portier (sourire)… Je l’ai menacé de boucler la sortie avec des camions s’il faisait grève, et en leur assurant qu’ils n’étaient pas prêts de ressortir de Mona-co… Il s’est alors radouci et à la fin, on a trouvé un accord. Pour l’anecdote: les mécanos de F1 étaient très énervés, ça sentait la poudre et la bière ! Comme je devais rejoindre Bernie Ecclestone au garage pour signer le protocole d’accord de levée de grève, j’ai demandé au Directeur de la Sûreté Publique d’intervenir si ça tournait mal… Courageux, mais pas téméraire ! Ecclestone signe le document, me le tend, je pose un genou à terre pour le signer. Immédiatement la cavalerie est intervenue pour me dégager, pensant que j’avais été bousculé…

Les droits télé, cela a été le nerf de la guerre… Le Grand Prix de Monaco a même été remis en cause à cause du conflit autour des droits télévisés?

Nous avons eu les droits télé jusqu’à la fin du contrat Ecclestone. Ac-tuellement, c’est, après modification, l’un des seuls privilèges que nous avons partiellement réussi à conserver par rapport aux autres GP, en précisant que le futur contrat risque de nous amputer considérablement des avantages du passé. Par exemple : jusqu’en 2021, nous gérions en collaboration avec la Formula One les images de télévisions. Nous avions notre propre régie qui nous permettait d’associer à la Régie de la Formula One, des images valorisantes de Monaco. Il ne faut jamais oublier que les images visionnées en live ou en différé, s’adressent à environ 1 milliard de téléspectateurs, ce qui explique aussi l’intérêt des publicités sur le circuit.

La tension avait atteint son paroxysme avec la FIA et son président Balestre? Le Grand Prix de Monaco a même été un temps retiré du calendrier…


Jean-Marie Balestre était un personnage imprévisible. Avec lui, c’était oui à 14h, non à 16h, et encore autre chose 3 heures après… On a eu des moments difficiles car il voulait tout simplement faire disparaître le Rallye Monte-Carlo et le Grand Prix de Monaco car nous refusions de céder les différents droits dont il prétendait être propriétaire. Ce fut une longue bataille acharnée et surréaliste, au point qu’en plein conflit, Il voulait venir à Monaco pour rencontrer le Prince Rainier afin de trouver une solution, exigeant pour sa venue, la protection des motards de la Sûreté, car il avait peur qu’on lui réserve une mauvaise surprise… Cette bataille a été longue violente, une guerre des nerfs éprouvante ! Finalement, on a trouvé les moyens pour négocier. Une fois que tout fut apaisé, nous sommes devenus des amis sincères. Avec le recul du temps, je regrette ces moments intenses, ce poker menteur, ce stress… Avec ses successeurs Max Mosley et Jean Todt, tout s’est bien passé. Jean Todt était un fin connaisseur du Sport Au-tomobile et Max un fin diplomate. Pour les quatre prochaines années, c’est au tour du Dubaiote, Mohammed Ben Sulayem de présider la FIA. Il a annoncé vouloir moderniser la FIA, avec notamment un audit interne sur la gouvernance. Pourquoi pas. Reste à voir qui est visé ?

C’est comme ça que vous voyez le rôle de leader?


Le leader ne connaît ni ne fait pas tout, il doit déléguer. L’essentiel étant de ne pas se tromper sur le choix des personnes. L’époque de Mussolini, de Staline et d’autres, c’est fini, même si aujourd’hui, on commence à parler de Poutine… A cet égard, la FIA s’est d’ailleurs mise en tête de rejoindre le clan de ceux qui punissent, en pénalisant les circuits, les pilotes et les Ecuries Russes, sauf à les autoriser sous conditions très restrictives. Est-ce une méthode pour penser sauver l’Ukraine ? A chacun d’apprécier…

Vous auriez pu prendre la présidence de la Fédération internatio-nale automobile lorsque Max Mosley en a été démis en juin 2009. Pourquoi avoir refusé?


Effectivement, à un moment, on me l’a demandé avec insistance … Mais, je me suis dit que cette fonction, de par les décisions prises au plan International, risquait de nous lier ou de porter préjudice aux

intérêts sportifs de Monaco. Il valait mieux refuser. Je n’ai pas pu en revanche décliner la présidence du Sénat, dont je suis aujourd’hui président d’honneur. C’était une autre fonction. Vouloir présider la FIA avec tout le travail que cela implique, aurait été, dans mon cas, une sous-estimation de la lourdeur et du temps nécessaire pour gérer l’ACM. Pour autant, il y a de temps en temps de nouveaux projets qui nous sont présentés, notamment celui de Mr Devenir, architecte, consistant à déplacer le siège de l’ACM vers l’emplacement du Stade Nautique Rainier III, en y intégrant, de manière permanente, la Direction de Course, ses annexes et toutes les structures qu’abrite l’Automo-bile Club d’aujourd’hui. Ce serait une belle aventure si ce projet était approuvé par les différentes Autorités.


On peut avoir confiance dans l’avenir du GP de Monaco? Il ne risque pas de disparaître?


S’il devait disparaître, j’ai toujours pensé que le péril viendrait autant de l’extérieur que de l’intérieur, c’est-à-dire de Monaco, en raison des projets immobiliers dans l’espace nécessaire au Grand Prix. Autre hypothèse, si des voitures de Formule 1 percutaient une tribune et qu’il y ait des morts ou des blessés, le GP de Monaco serait vraisem-blablement remis en question. Mais tout est fait et rodé pour que ce scénario puisse être maîtrisé au maximum. Le GP de Monaco est, cette année, une affaire qui marche en dépit de la crise actuelle, la difficulté de se déplacer, le dérapage du coût de la vie, la situation sanitaire et le risque de guerre… Pour autant, l’incertitude planera en 2023 en raison des conditions inacceptables que contient le texte du nouveau contrat. Bien entendu, des négociations sont en cours.


Quand on vous parle de succession vous dites « être une vestale et vouloir mourir vestale ». Comment préparez-vous la suite?


Je n’ai qu’un modèle, en toute modestie: c’est la reine d’Angleterre qui a tout donné. Plus prosaïquement, nous essayons de rajeunir l’équipe en place qui, un jour, remplacera la nôtre. Le changement ne se décrète pas. Il faut beaucoup travailler, avoir énormément d’expérience et sauvegarder la reconnaissance mondiale qui est incontournable. Le Président qui me succèdera devra faire face aux problèmes locaux, aux problèmes d’organisation, mais surtout aux problèmes internationaux, sans compter la lutte perpétuelle avec la FORMULA ONE et, en moindre partie avec la F.I.A. Aujourd’hui, nous sommes le seul pays membre de la Fédération Internationale de l’Automobile à occuper un siège au Conseil Mondial, sorte de Conseil de Sécurité, et un siège dans toutes les Commissions. Ces élections sont la marque de la reconnaissance et du prestige de l’Automobile Club ainsi que de son savoir-faire.


Vous voyez des jeunes qui émergent? Qui est, selon vous, l’oiseau rare qui pourrait un jour vous succéder à la tête de l’ACM?


Ce qui m’amuse beaucoup, c’est que ce sont les gens de l’extérieur, qui ne connaissent rien ou pas grand-chose à l’ACM, qui prétendent, être, du jour au lendemain, le Number One! Ils oublient qu’autour de moi, j’ai des proches compagnons avec qui j’ai travaillé depuis des dizaines d’années qui ont toutes les qualités pour me succéder, le moment venu. Une succession se prépare plus facilement de l’intérieur. L’homme providentiel qui arrive de l’extérieur, sans aucune expérience des multiples activités, c’est un risque immense pour la continuité du Club à haut niveau. De plus, ces nouveaux candidats semblent ignorer que pour être élu à la présidence de l’ACM, il y a des procédures, des critères incontournables. D’abord, il faut être membre de l’ACM, puis être élu au Conseil d’Administration par l’assemblée générale, puis à nouveau élu par les membres du Conseil d’Administration à la fonction de Président. Ce que beaucoup de gens ignorent c’est qu’il faut être personnellement reconnu pour convaincre les 144 pays que regroupe l’Assemblée Générale de la FIA d’élire Monaco à des postes clefs; des dizaines de pays, comme vous vous en doutez, étant en compé-tition pour occuper ces postes.


Ces 50 ans de présidence, c’est autant de coups de poker ou de bluff? Au final, cela vous a aidé d’être un avocat et un homme politique?


Naturellement je me suis adapté aux circonstances. Je n’ai jamais cherché à compliquer lessituations. Elles l’étaient suffisamment d’elles-mêmes. Je suis allé vers ce qui pouvait être négocié en gardant en tête le fil rouge que ne devaient pas dépasser tous ceux qui essaieraient d’abaisser ou de porter atteinte aux intérêts de l’A.C.M. En ce qui concerne la façon d’exercer une présidence, je suis, avec l’expérience, convaincu par ce vieil adage : ″Si vis pacem, para bellum″. C’est ce que je me suis toujours efforcé de faire.

Miléna RADOMAN

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