Monaco Economie N° 117

DROITS DES FEMMES : vers une société plus inclusive ?

Du droit de vote aux élections communales à la création d’un poste de déléguée interministérielle dédié, en passant par la dépénalisation de l’avortement… Les femmes ont vu leurs droits évoluer à Monaco.

A une époque où les réseaux sociaux représentent une caisse de résonnance spectaculaire, un hashtag permet d’accélérer le tempo. « Avec les mouvements de libération de la parole MeToo et Balance ton porc, la problématique des droits des femmes est très médiatisée et la prise de conscience s’est décuplée, y compris à Monaco », constate Céline Cottalorda, déléguée interministérielle pour les droits des femmes. 

« Monaco pourrait être un pionnier » 

En l’espace de deux ans, Monaco a clairement passé la seconde. Signature d’une charte pour l’égalité hommes/femmes baptisée Monégalité, allongement du congé maternité de 16 à 18 semaines, dépénalisation de l’avortement, mise en place d’un numéro d’information pour les victimes de violence (0800 91 90 10)… On pense même à étendre le congé paternité pour « réduire les inégalités professionnelles liées aux déséquilibres entre la vie familiale et la sphère professionnelle », selon la formule du conseiller national Pierre Van Klaveren… « Le congé paternité est arrivé dans les années 70 en Suède et est devenu obligatoire dans les années 90. La loi a précédé et impulsé le changement de mentalité. Le législateur doit prendre son courage à deux mains. Monaco pourrait être un pionnier dans le domaine de l’égalité hommes-femmes », estime Vibeke Thomsen, présidente de l’association She Can He can, qui prône l’égalité des genres. 

Monégalité 

Céline Cottalorda, qui a pris le sujet à bras le corps au sein du comité en charge de la promotion et de la protection des droits de la femme, liste les avancées. « Avec la Charte Monégalité, 99% des employeurs publics et privés de la Principauté – représentant 58 000 salariés - se sont engagés à respecter des principes d’égalité entre femmes et hommes au travail. » C’est-à-dire sur les salaires, lors du recrutement mais aussi du déroulement de carrière… Seul hic : Ce “contrat social moral” n’a rien de contraignant. « Faisons confiance aux employeurs, dans un premier temps. Nous verrons ensuite s’il faut aller plus loin et instaurer d’autres mesures », tempère la Monégasque. C’est ce que souhaite le conseil national : l’assemblée vient d’adopter à l’unanimité, fin novembre, une résolution pour promouvoir la représentation des femmes – aujourd’hui ultraminoritaires - au sein des conseils d’administration des entités publiques et privées, dépendant de l’Etat… Même combat pour les salaires : En France comme dans d’autres pays, la différence de salaire à compétences égales reste estimée à 20 % en moyenne. « L’IMSEE finalise une étude pour mesurer les écarts de salaires entre les femmes et les hommes dans le privé et le public. En 2021, on disposera ainsi d’une mesure tangible en Principauté. » 

Chasse aux archaïsmes 

En 2020, le Comité des droits de la femme a également fait la chasse aux archaïsmes qui subsistent dans les textes juridiques monégasques. « On a étudié 12 000 textes de droit. Certaines lois, qui ne sont plus appliquées, sont dépassées et donnent une vision obsolète de notre société. Comme le délai de viduité qui imposait un délai de 310 jours avant qu’une veuve puisse se remarier, afin d’éviter les conflits de filiation… Certaines professions (huissiers et notaires) ne peuvent être exercées que par des hommes. En modifiant ainsi notre droit, nous nous mettons en plus en conformité avec les recommandations internationales ! » Ce dépoussiérage des textes balaiera aussi les expressions désuètes “gestion en bon père de famille” ou “jeunes filles au père”, les remplaçant par des formulations neutres. 

Si cette réforme est symbolique, elle n’en est pas moins indispensable. A Monaco comme ailleurs, l’égalité hommes/femmes met du temps à rentrer dans les mentalités. Le droit de vote des femmes et l’éligibilité pour les élections nationales date de 1962, l’égalité dans la transmission de la nationalité par filiation maternelle de 1992 (et par le mariage de 2011 !)… Ce n’est qu’en 2003 que l’autorité parentale conjointe a remplacé la « puissance paternelle » vis-à-vis des enfants du couple dans le droit monégasque. Et il y a quelques années encore, les époux se voyaient dire par le Maire, lors de leurs noces, une sentence d’un autre âge: « Le mari choisit la résidence du ménage, la femme est obligée d’habiter avec lui; il est tenu de la recevoir »… 

Un frein à la croissance 

Inadmissibles sur le plan moral et sociétal, les inégalités entre les genres représentent aussi un frein majeur à la croissance économique. « Cette inégalité des chances entre femmes et hommes implique un coût économique colossal, car elle bride la productivité et pèse sur la croissance », estime Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international, qui appelle les décideurs à lever les obstacles à l’entrée des femmes dans la vie active (distorsions fiscales, discriminations, facteurs socioculturels) et favoriser un monde plus inclusif. C’est-à-dire faire en sorte que des environnements traditionnellement faits pour les hommes, soient enfin pensés pour tous. « Les inégalités ne sont pas seulement salariales, elles sont culturelles, remarque Vibeke Thomsen. L’inclusion fait partie d’un tout. » C’est pourquoi l’association She Can He Can a pris son bâton de pèlerin. Elle organise des ateliers dans les entreprises (Marks et Spenser, Harper Collins, Barclays, etc.) et remet en cause l’image du bon leader, « la plupart du temps un homme blanc quinquagénaire hétérosexuel ». Tente de faire comprendre qu’il n’y a pas de schéma unique. « On questionne l’environnement de travail. Est-il adapté ? Une dirigeante mère de famille peut très bien faire une pause de 17h à 19h pour s’occuper de ses enfants et retravailler après… » 

Changer la donne dès l’enfance 

Pour vraiment changer les mentalités, il faut agir très tôt, estime Vibeke Thomsen. C’est pourquoi She Can He Can participe chaque année à la journée internationale de la fille. « Pour que les femmes se lancent en politique, deviennent des leaders, elles doivent se faire confiance dès l’enfance. Les études ont montré qu’à l’école, les garçons prennent plus facilement la parole que les filles voire l’accaparent. Les filles sont plus discrètes, comme si elles savaient que leur temps de parole est limité… » Le “manterrupting”, cette tendance inconsciente des hommes à couper brutalement la parole aux femmes pour reprendre le pouvoir sur la conversation, est aujourd’hui reconnue comme une pratique du sexisme ordinaire… She Can He can propose donc de provoquer une prise de conscience. « Nous vivons dans un monde où l’on vend des vélos roses pour les filles et des bleus pour les garçons; où l’on parle à l’école essentiellement d’artistes masculins et d’histoires où les personnages féminins sont le plus souvent secondaires et stéréotypés. C’est le syndrôme de la Schtroumpfette ! Je ne blâme personne, c’est le reflet de l’histoire de l’art et de la littérature. Mon travail, c’est d’aider à mettre des lunettes et de ne plus les enlever. » 


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