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WHAT ELSE
OUI CONSERVER C’EST TRANSFORMER
par Suzanne Belaieff
La ville, juxtaposant les signes semble faite de l’accumulation des Architectures. Surchargée
de signes, de visions, les valeurs du marché sont l’expression des interventions architecturales.
Les Architectes pour travailler dans la ville se doivent d’une réflexion sur la cité! Indispensable
action aux fins d’une architecture urbaine. Ceux-ci dans l’expression du mouvement moderne
prônaient la rupture avec l’ordre ancien faisant fi du fait qu’il était indissociable de la culture
ancienne. L’ordre moral et le monumentalisme d’Etat engendrèrent le rendez-vous raté de la
modernité ignorant le conflit de l’ancien et du nouveau dans le domaine des Arts; le comporte-
ment des humains doit en conséquence être restauré pour surpasser la Crise de la Ville, crise
qui met en évidence sa vitalité; les utopies en sont les remèdes indispensables ou préconisation
d’une reconstruction de l’éthique indispensable. De telles conditions entraînent fatalement à
des remises en cause d’ordre esthétique comme politique.
Les redéfinitions nous amènent à celles de nos pensées. Oui, conserver c’est transformer,
« prendre appui sur ce qu’il nous apporte, mais pour bâtir à nouveau ». Oui, elle est architecture.
L’architecture de la ville faite d’usages, de symboles, de formes, de paysages de réseaux et de
maisons est un problème critique, politique et culturel, elle doit partager avec les citoyens. Le
public constitue l’espace urbain, espace public continu et conditionne la logistique parcellaire
du privé!
Pour un Architecte, le « terrain clinique » est celui du
chantier et non la perfection graphique du plan!
La révolution industrielle a annulé les architectes
constructeurs et a favorisé le plus transmissible de la
culture architecturale. Le modernisme qui se réclamait
des machines et surtout de la rationalité en rêvant
d’une simplicité constructive sans ornement a privilégié
la superficialité partagée par les modernistes et les
architectes des Beaux-Arts. Dans un champs parta-
gé, l’ingénieur généraliste et l’architecte généraliste
débordent du cadre habituel de leur métier, coupure
voulue et organisée par la Loi; les ingénieurs restant des
commerçants contrairement aux architectes fondant
ainsi une coupure. Un architecte qui ne connaît pas le
végétal, ni ne sait travailler les briques sans connaître,
de quelle matière elles proviennent, ne peut exprimer
son plaisir de faire, énergie de la vie!
« Les convulsions de l’Europe orientale nous apprennent
que la reconstitution d’une continuité exige la prise en
compte de ce qui s’est passé! ». Bien sûr qu’il faut tourner
la page mais avant il faut l’avoir lue! La création habitée
par la liberté de la pensée critique, indispensable au
moment où la technique n’est plus le lieu de l’invention;
cette situation de délaissement n’est pas que physique
mais également celle des âmes. L’architecture même la
plus nouvelle, est dans une position de confrontation
ou de rencontre entre identité, tradition et nouveauté.
C’est en ça qu’elle est moderne. C’est en cela que la ville
n’est pas le territoire de l’architecte mais bien celui de
sa responsabilité.
Extraits de CHEMETOV : le Territoire de l’Architecte
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