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WHAT ELSE Green
« Si l’on ne fait rien, il faudra investir 127 milliards par an
en 2030 ! » Propos recueillis par Milena Radoman
Responsable de la section économie environnementale au Centre Scientifique de Monaco,
Nathalie Hilmi fait partie des 270 auteurs du rapport du GIEC intitulé «Changement climatique
2022 : impacts, adaptation et vulnérabilité ». Interview.
Ce sixième rapport du GIEC sonne une nouvelle fois le signal d’alarme ? des énergies fossiles et se tourner vers des énergies renouvelables et
Ce rapport confirme que le changement climatique représente une soutenables (comme le nucléaire). Cette sobriété est valable pour notre
menace pour le bien-être humain mais aussi pour la santé de la planète. mode de consommation numérique et alimentaire. La mondialisation
Lobjectif de l'accord de Paris visait à se tenir sous la barre d'une élévation a eu de très bons côtés et on est peut-être arrivé à ses limites. Le rap-
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de 1,5 degrés par rapport à la période préindustrielle. Or, nous sommes port du GIEC préconise un développement durable et résilient face au
déjà à +1,1°C. La population vulnérable passe de 3,3 à 3,6 milliards de réchauffement climatique. Il faut une équité climatique.
personnes. D’un point de vue économique, pour mettre en place un
développement qui soit durable, juste, équitable et résiliant face au La finance bleue émerge-t-elle enfin ?
changement climatique, il faut des financements. Les pays développés J’ai commencé à travailler sur la finance verte en 2006 dans un hedge
devaient donner 100 milliards de dollars en 2020 or on n’a jamais atteint fund. A l’époque, c’était du greenwashing… En 2010, quand je regardais
cet objectif. Mais si l’on ne fait rien, il faudra investir 127 milliards par an ce qui se faisait à Monaco, il y avait très peu de choses. Aujourd’hui, de
en 2030 et 300 milliards par an en 2050 ! Il existe encore des fenêtres plus en plus de fonds s’intéressent à la finance soutenable. A Monaco, si
de tir mais plus les années passent, moins il y aura d’options… on arrive à avoir un secteur financier et bancaire orienté vers la finance
soutenable, ce serait un bel exemple pour le reste du monde.
300 milliards en 2050, c’est le coût de l’inaction ?
Aujourd’hui, les investissements ont financé essentiellement l’atténuation Vous faites partie de ceux qui veulent donner un prix à la Nature.
du réchauffement climatique, c’est-à-dire la réduction des émissions de Comment ça marche ?
CO2. Or, même si on limite les émissions, les températures vont conti- Aujourd’hui, la nature est perçue comme gratuite et abondante. Sa
nuer à monter car la fonte des glaces ne va pas s’arrêter de suite. Il faut valeur n’a pas été prise en compte par nos systèmes financiers. Il est
adapter les villes face à l’augmentation du niveau de la mer, construire important de lui donner enfin un prix, à savoir une valeur calculée par
des digues. Les petits Etats insulaires en développement sont les pre- rapport au service qu’elle rend à l’humanité. On regarde combien de
mières victimes du réchauffement climatique. Les petites îles risquent carbone séquestre une forêt de mangroves, ainsi que ses bénéfices
de disparaître, engendrant des migrations de réfugiés climatiques. Ce complémentaires : les mangroves permettent de filtrer l’eau, protéger
qui est vrai dans les îles l’est aussi pour les zones désertiques… la côte, limiter l’érosion liée à la montée des mers… Tout cela s’évalue.
On a calculé qu’une baleine capture 33 tonnes de carbone durant sa vie,
Et en Méditerranée ? c’est l’équivalent de 2 millions de dollars par baleine sur le marché du
La Méditerranée est l’espace touristique le plus fréquenté au monde ! Et carbone ! C’est un argument pour les financiers de protéger les baleines.
elle est actuellement menacée par l’érosion des
plages, la hausse des températures ou encore
la montée des eaux. Le niveau de la mer Médi-
terranée a augmenté de 6 cm en moyenne au
cours des vingt dernières années et il grimpe
désormais de 2,88 cm par an !
Le réchauffement des mers a également pour
conséquence des migrations vers le Nord de
poissons à la recherche de zones plus clé-
mentes. Pour les Etats du Sud, les plus fragiles,
c’est une catastrophe. Cela peut engendrer des
conflits entre pêcheurs.
La crise en Ukraine peut renforcer le choix
des énergies renouvelables ? On parle enfin
de sobriété !
A court terme, le prix du carbone a baissé, ce qui
n’est pas une bonne chose… Il faut absolument Nathalie Hilmi, Responsable de la section économie environnementale au Centre Scientifique de Monaco/ Head of the environmental © CSM
réduire les émissions, arrêter de consommer economics section at the Scientific Centre of Monaco
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